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« On ne saurait le nier, Paris est aujourd’hui le centre intellectuel du monde ; Paris impose à l’Europe entière attardée, ses révolutions et ses modes ; Paris est le Panthéon des vivants, le temple où l’homme devient dieu pour un siècle ou pour une heure, le foyer brûlant qui éclaire et consume toute renommée. »

F. Liszt, Revue et Gazette musicale, 4e année, 8 janvier 1837

Le Paris romantique fascine les artistes qui, des quatre coins de l’Europe, rêvent de s’y faire un nom. Capitale des arts, il l’est aussi de la vie élégante, selon une cartographie sociale et politique très codifiée : au faubourg Saint-Germain la noblesse légitimiste, au faubourg Saint-Honoré l’aristocratie libérale et la noblesse étrangère, à la Chaussée-d’Antin la haute bourgeoisie d’affaires et à proximité, la Nouvelle-Athènes, le premier quartier d’artistes. Du salon à la salle de concert et à la scène d’opéra, tout est prétexte à divertir le monde. Mais de ces espaces variés de diffusion, le salon se distingue par sa sociabilité singulière. Lieu d’échanges où se croisent poètes, écrivains, peintres et musiciens, il célèbre l’art de la conversation que la musique aime à prolonger et pose, au sein d’une société en mutation, la question du statut de l’artiste, entre émancipation et quête de nouveaux appuis.

Mais qu’est-ce qu’un salon ? Un salon, c’est d’abord un nom - souvent une femme -, une adresse, mais aussi une fonction. Qu’il soit politique, littéraire, musical, salon mondain, salon d’artistes, etc., chacun affirme, par sa typologie et le répertoire qu’il diffuse, ses propres convictions. A l’Arsenal, la valse romantique rompt avec les conventions classiques des dames du Faubourg ; chez Marie d’Agoult, le lied de Schubert viendra, sous l’influence de Liszt, supplanter l’opéra rossinien, tandis que le salon de la princesse Belgiojoso se fait le théâtre de duels musicaux et de mises en scène spectaculaires.

Cette promenade de salon en salon
nous invite ainsi à découvrir quelques grandes personnalités du XIXe siècle, de Charles Nodier à Pauline Viardot, et de voyager un peu, du salon intime au salon-théâtre, de la Monarchie de Juillet au Second Empire, en passant par un salon qui n’en a plus que le nom : celui de Camille Pleyel, salle de concert destinée à promouvoir la marque des célèbres pianos, si chers à Chopin.

Partout mise à l’honneur, la musique y est essentielle. Que l’on se regroupe pour mieux l’entendre dans l’alcôve, près du piano de la jolie Marie Nodier, ou que l’on assiste au combat que se livrent sans merci les virtuoses Liszt et Thalberg, la musique s’inscrit bel et bien au cœur de la vie sociale du Paris romantique.